Les Fols de Silène : l'art de célébrer sans excès
- Piquette

- 31 oct.
- 3 min de lecture
Vous avez peut-être croisé ses illustrations sur les étiquettes des bouteilles du Vignoble des Vernusses (Loren Petit), sur les affiches des salons de vin comme “Sommer Fascht” (Alsace), “Enlivrez-vous” (Cuisery) ou “Grrrabuge” (Bruxelles).
Oui, si vous êtes amateur·rice de vin (et il semblerait puisque vous avez le bon goût de lire PiQUETTE), vous avez sûrement déjà croisé le travail de Silène.

Cette artiste basée en Alsace a fait sa place dans l’univers vinique en y apportant sa touche graphique et en proposant une nouvelle manière de l’illustrer. Toujours largement dominé par une culture machiste, le monde du vin met plus souvent en avant des acteurs masculins que d’autres et encourage fréquemment la consommation excessive, à tel point qu’on est en droit de se questionner sur l’éthique et la morale de certains supports de communication. Silène, de son côté, n’est pas à l’aise à l’idée de glisser sous le tapis le danger que peut représenter l’alcool.
Comme elle le dit si bien : “au pays du vin et du fromage, l’ivresse est valorisée et l’abondance est érigée en spectacle”. On affiche fièrement des line-up de 24 bouteilles pour 6 convives sur Instagram, on rit de l’ébriété comme d’un exploit, on maquille notre consommation derrière une image de bon·ne vivant·e, de fine gueule ou d’aficionado·a… Ce constat a soulevé une grande question pour Silène :
Comment peut-elle évoluer en tant qu’artiste dans un milieu où l’alcool est omniprésent, sans valider et reproduire l’immodération ?
Le vin en décor, des corps en mouvement

Le plus souvent en monochrome, les créations de Silène attirent le regard sur l’ensemble de l’œuvre et non plus seulement sur le vin. Sous forme de vigne, de grappes de raisin ou sous forme liquide, le vin devient un élément décoratif au service de l’histoire que l’artiste veut raconter. Les personnages interagissent avec le vin avec beaucoup de légèreté : iels le versent en dansant, le manipulent avec les pieds ou le gardent en équilibre sur la tête.
Ces gestes, poétiques et absurdes, transportent la scène dans un univers onirique, rythmé par un jeu visuel de formes et de contrastes. Parfois, dans les Fols de Silène, un·e personnage fusionne avec son verre. De cette union naît une silhouette hybride et abstraite, riche en symbolique. Par ces procédés, l’artiste désacralise le vin et se détourne d’une possible incitation à la consommation. Il n’est ni célébré ni condamné : simplement détourné pour sa forme. Son travail garde une constante : le vin n’est jamais représenté comme un objet de désir, mais comme une matière à modeler et à transformer.
Les verres et bouteilles qu’elle dessine sont toujours rempli·es. Ce choix fige la scène dans l’instant du partage, sans laisser entrevoir ni l’avant ni l’après. Il est question d’un temps suspendu, du moment présent. Il est question d’une invitation à prendre le temps, et non pas à battre un record de bouteilles vidées.
Silène met en lumière des personnages puissants, aux formes généreuses, sans toujours définir leur genre. Si ses illustrations sont incarnées, elles ne dépeignent pas pour autant des scènes de luxure et d’envies dévorantes. Elles montrent la vie et le partage, jamais la démesure.
Silène a créé son propre univers et se plaît à le mettre au service du monde du vin nat'
. Faute de voir ce monde évoluer vers un modèle plus inclusif, elle a inventé ses propres codes graphiques pour accompagner au mieux celles et ceux qui accueillent le bon changement à bras ouverts. Et nous, on aime toujours voir son travail à l’occasion d’un salon du vin ou au détour d’une visite chez notre caviste préféré·e.
Crédits :
Écriture : @saprichty
Relecture et réécriture : @elidealiste.txt_
Photos : @madorffl


