THE BITE
- Piquette

- 2 déc.
- 5 min de lecture

I bite into cheese the way some people fall in love: impulsively, recklessly, without any guiding tools. And like love, it rarely goes according to plan.
In El Salvador, you can crumble cheese between your fingers, grabbing a chunk of duro viejo to eat on a warm tortilla. It gets fucking everywhere — and that’s maybe the point. The smell lingers on your fingers, in your breath, the remaining crumbs on your clothes.
In the U.S., you feel some type of way peeling back that LDPE plastic wrap off that Kraft Singles and folding the overly processed, bright-orange lactose slice slowly, watching it split at the seam in beautiful slow motion. No rules, no plate, just curiosity and pleasure.

Then I moved to France.
Here, cheese is sacré. There are rules. Etiquette. AOCs. Triangles must remain triangular — mind the rind. Oozing cheeses have a correct serving temperature, a correct accompaniment, a correct knife. There’s a rhythm to cheese service, like a ritual dance: wait your turn, choose your knife, cut with grace, serve modestly.
I’ve seen people’s eyeballs nearly pop out of their sockets when I eat my cheese, as if I were personally insulting Brillat-Savarin from beyond the grave. It’s not that I don’t respect each cheese. I revere it so much I want to inhale it with my whole being. Texture, immersion, sensation — all of it, as intensely as possible.
I didn’t grow up with cheese that had instructions. For me, cheese is tactile — crumbled by hand, spread unevenly without fuss, or cut into odd blocks, stored back into its flimsy transparent plastic bag that you have to tie in a knot to preserve its “freshness.” Vacuum-sealed, in a compressed can, in a jar, or covered in wax and mostly used as a topping or a snack — one of my best cheese memories is throwing a string-cheese stick in the microwave for eight seconds and watching the plastic almost melt into the cheese, quickly throwing the hot goo into my mouth — chewy, oily, perfect. I’d do that at least three times in a row.
Now there’s a whole course within a meal for cheese. That is fine, too.
But up to my French migration, cheese simply was — accessible, comforting, unjudged.
You start to feel it, though — that low-grade panic that you’re doing it wrong. You’ve munched on a wedge of extra-vieille mimolette like an apple. You’ve outed yourself to the posh-police. Jail.

And I try to behave — when I have to. I’ve made the correct incisions, balanced the wedge. I’ve said things in my head like “The flowery rind is quite pungent,” and swallowed slowly.
But when I’m alone, I… fucking…
BITE.
Usually over the sink, fridge door still open. A chunk of comté or goat’s cheese or some squidgy leftover sliver of god-knows-what-seemed-interesting-at-the-store. I bite because I don’t want to wait. I bite because it’s anticipation, joy, experience. I bite because it’s mine.
And it turns out — and this took me years to admit — that the way I eat cheese says more about my emotional life than I’d like to admit. Moving across cultures, absorbing different codes, never quite finding the how-to instructions that fit. I carve out a bite-sized rebellion in a world that still asks you to blend in.

So, I don’t always use a knife. Even though I’ve spent more than a month’s rent on a set of cheese knives I hold dear to my heart.
Sometimes, I grab a whole Délice de Pommard and cradle it in three fingers like a softball. I take a bite. My pinky sticks out because I’m fancy like that — and it’s cheese, for god’s sake.
And in that brief, rich, absurd moment, I feel completely, unreasonably free.
Je croque dans le fromage comme certains tombent amoureux : de manière impulsive, à l’aveugle, sans mode d'emploi. Et, comme l’amour, ça ne se passe presque jamais comme prévu.

Au Salvador, on émiette le fromage entre les doigts, on attrape un morceau de duro viejo et on le mange sur une tortilla chaude. Ça fout le bordel partout — et c’est peut-être ça le but. — L’odeur reste sur les doigts, dans l’haleine, les miettes sur les vêtements.
Aux États-Unis, tu décolles le film plastique LDPE du Kraft Singles et tu plies lentement cette tranche de lactose trop industrielle, orange fluo, en regardant le pli se fendre au ralenti, comme un film.
Pas de règles, pas d’assiette, juste de la curiosité et du plaisir.
Puis je suis arrivée en France.
Ici, le fromage est sacré. Il y a des règles. De l’étiquette. Des AOC. Les triangles doivent rester triangulaires. Il ne faut pas manger la croûte, ou alors peut-être que si ?

Les fromages coulants ont leur température idéale, leur accompagnement parfait, leur couteau dédié. Il y a un rythme pour servir le fromage : attendre ton tour, choisir ton couteau, couper avec grâce, servir modestement.
J’ai vu les yeux des gens presque sortir de leurs orbites quand je mange mon fromage, comme si j’insultais Brillat-Savarin depuis l’au-delà. Ce n’est pas que j’ai envie d’être insolente envers chaque fromage. Je les adore tellement que j’ai envie de les AS-PI-RER. Texture, immersion, sensation — je veux tout, intensément.
Je n’ai pas grandi avec des fromages qui venaient avec un mode d’emploi. Pour moi, le fromage, c’est tactile — on l’émiette à la main, on l’étale n’importe comment, on le coupe en blocs inégaux et on le range dans son sac plastique transparent tout fragile qu’il faut nouer pour préserver sa “fraîcheur.” Sous vide, en boîte ou en tube (Cheez Whiz, baby), ou recouvert de cire, le fromage servait surtout de topping ou de snack. Un de mes meilleurs souvenirs restera de mettre un bâtonnet de fromage à fondre au micro-ondes pendant huit secondes, regarder le plastique presque fondre dedans, puis engloutir ce blob brûlant dans ma bouche — moelleux, gras, parfait. Et je le refaisais au moins trois fois de suite.
Aujourd’hui, le fromage fait parfois l’objet d’un véritable plat dans le repas. Et c’est très bien aussi. Mais avant mon arrivée en France, le fromage, simplement était fromage — accessible, réconfortant, sans jugement.
On commence à le sentir, cette petite panique sourde que l’on fait tout de travers. Tu as croqué une tranche d’extra-vieille mimolette comme une pomme. Tu viens de te faire repérer par la fancy-police. Jail, directe.
Et j’essaie de me tenir — quand il le faut. J’ai fait les bonnes entailles, équilibré le morceau. J’ai pensé à des trucs du genre : « La croûte fleurie est particulièrement aromatique cette saison », et avalé lentement.
Mais quand je suis seule…JE CROQUE.

Souvent au-dessus de l’évier, à côté de la porte du frigo encore ouverte. Un morceau de comté, de chèvre, ou un reste molletonné de je-ne-sais-plus-quoi. Je croque parce que je ne veux pas attendre. Je croque pour l’anticipation, la joie, l’expérience. Je croque parce que c’est à moi.
Et il s’avère — et il m’a fallu des années pour l’admettre — que ma façon de manger du
fromage en dit plus sur ma vie émotionnelle que je n’aimerais l’admettre. Traverser des cultures, absorber différents codes, sans jamais vraiment trouver les règles qui me conviennent. Je me crée ma petite rébellion dans un monde qui attend toujours qu’on se fonde dans la masse.
Du coup, je n’utilise pas toujours un couteau. Même si j’ai dépensé plus qu’un mois de loyer pour un set de couteaux à fromage que j’adore.
Parfois, je prends un Délice de Pommard entier, je le cale entre trois doigts comme une balle de softball. Je croque. Mon auriculaire se relève parce que je suis fancy — et c’est du fromage, bordel.
Et, dans ce bref moment riche et absurde, je me sens complètement, irrationnellement libre.
Crédits :
Écriture : Valeria Barrera @valebarrera
Photos : @madorffl


